BADR CHACHA
Les défis contemporains liés au climat, à l’eau, à l’énergie et à la biodiversité ne peuvent plus être traités de manière sectorielle. La rareté des ressources, l’accélération du changement climatique et la pression croissante sur les écosystèmes imposent une approche systémique, capable d’articuler économie verte, économie circulaire, économie bleue et transition énergétique. Ces concepts, souvent mobilisés séparément dans les discours publics, constituent en réalité les piliers d’un même projet : refonder le modèle de développement sur la durabilité, la résilience et l’efficacité des ressources.
L’économie verte : un cadre structurant
L’économie verte vise à concilier croissance économique, équité sociale et préservation de l’environnement. Elle repose sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre, l’amélioration de l’efficacité énergétique et la valorisation des ressources naturelles sans les dégrader. Dans ce cadre, l’investissement dans les énergies renouvelables, la gestion durable de l’eau et la protection des écosystèmes deviennent des leviers économiques à part entière, et non de simples contraintes environnementales.
Économie circulaire : sortir de la logique du gaspillage
L’économie circulaire rompt avec le modèle linéaire « extraire–produire–consommer– jeter ». Elle repose sur la réduction à la source, la réutilisation, le recyclage et la valorisation des déchets. Le traitement et la réutilisation des eaux usées, la valorisation des boues d’épuration pour produire du biogaz, ainsi que le recyclage des matériaux issus des infrastructures énergétiques, illustrent le potentiel de cette approche pour réduire la pression sur les ressources naturelles tout en créant de la valeur économique.
Économie bleue : la mer comme espace stratégique
L’économie bleue concerne l’exploitation durable des ressources marines et côtières. Elle ne se limite pas à la pêche ou au tourisme, mais englobe les énergies marines renouvelables, telles que l’énergie des vagues, des courants et de l’offshore éolien et solaire. L’installation de panneaux solaires flottants en mer ou dans les retenues d’eau permet de produire de l’électricité tout en limitant l’évaporation. Par ailleurs, le dessalement de l’eau de mer, lorsqu’il est couplé aux énergies renouvelables, devient une solution stratégique face au stress hydrique croissant.
Transition et décollage énergétique
La transition énergétique désigne le passage progressif d’un système fondé sur les énergies fossiles à un mix énergétique dominé par les énergies renouvelables. Le décollage énergétique, quant à lui, implique une accélération volontaire de cette transition, à travers des politiques publiques ambitieuses, des investissements massifs et une réforme de la gouvernance énergétique.
L’énergie solaire, éolienne, hydraulique et marine constitue la colonne vertébrale de ce nouveau système. Les barrages, lorsqu’ils sont intégrés dans une approche écosystémique, jouent un rôle clé dans la production d’énergie, le stockage de l’eau et la régulation des crues.
Hydrogène vert : vecteur énergétique du futur
L’hydrogène vert, produit par électrolyse de l’eau à partir d’électricité renouvelable, est appelé à jouer un rôle stratégique dans la décarbonation des secteurs difficiles à électrifier, tels que l’industrie lourde et le transport. Son développement nécessite une synergie étroite entre production d’électricité renouvelable, disponibilité en eau et infrastructures de stockage et de transport.
Eau, climat et solutions fondées sur la nature
La gestion de l’eau est indissociable des enjeux climatiques. Le recyclage et la réutilisation des eaux usées traitées, la protection des zones humides et des réserves naturelles, ainsi que la restauration des écosystèmes dégradés renforcent la résilience face aux sécheresses et aux inondations.
Les techniques de stimulation des précipitations, telles que l’ensemencement des nuages, soulèvent des questions scientifiques, éthiques et environnementales. Elles ne peuvent être envisagées qu’en complément, et non en substitution, des solutions fondées sur la nature et d’une gestion rationnelle de la demande en eau.
Climat, biodiversité et territoires protégés
Les zones humides et les aires protégées jouent un rôle fondamental dans la régulation du climat local, la recharge des nappes phréatiques et la conservation de la biodiversité. Leur intégration dans les stratégies de développement est une condition essentielle pour assurer la durabilité des politiques énergétiques et hydriques.
L’économie verte, circulaire et bleue, associée à une transition énergétique ambitieuse, constitue une réponse cohérente aux défis environnementaux et socio-économiques actuels. La réussite de ce modèle repose sur une vision intégrée, capable de relier énergie, eau, climat et biodiversité dans un même cadre stratégique. Plus qu’un choix environnemental, il s’agit d’un projet de société fondé sur l’anticipation, la sobriété et l’innovation responsable.